État des lieux d’une profession méconnue: le modèle vivant en France en 2014

(NB Cet article a été publié avant le remaniement de notre gouvernement, et nous ne connaissons pas encore les orientations de notre actuel ministre de la Culture, Fleur Pellerin)

A l’heure où notre ministre de la Culture Aurélie Filippetti souhaite soutenir la création artistique et renforcer la place des artistes aussi bien dans le spectacle vivant que dans les arts plastiques, il serait bon que le modèle vivant, collaborateur actif du processus artistique, présent dans l’histoire de l’art depuis plusieurs siècles, trouve enfin une place.

Notre métier est totalement méconnu.  Il est vrai que, dans une société contemporaine qui tend à réguler les cadres professionnels, notre place est floue. Entre «Spectacle vivant» et «Arts plastiques», «Prestation de service» et «Création». Chaque modèle choisit l’espace qui lui convient le mieux en fonction de son parcours et de ses aspirations. Certains font de leur travail une réelle performance artistique; d’autres s’inscrivent dans un processus, au service de la création. Pour certains c’est un job alimentaire; pour d’autres une réelle profession (voire une vocation), choisie aussi pour l’extraordinaire liberté qu’elle propose.

À l’Insee nous sommes répertoriés «Modèle indépendant» dans les Arts du Spectacle, précisément sous le code 90.01.10 «Service d’artiste du spectacle vivant». À Pôle emploi, nous sommes sous le code ROME L1102 «Mannequinat et Poses artistiques» alors que notre profession n’a rien à voir avec les mannequins de mode. Ce n’est pas une différence de degré, mais bien de nature, la distinction essentielle à faire entre le paraître et l’être. Car notre métier est une histoire d’essence. L’essence du vivant.
Du fait de la diversité des structures qui nous font travailler et des statuts incertains qui caractérisent notre profession, nous sommes certainement plus proches de la situation des artistes-plasticiens, également en quête de statut ou des intermittents du spectacle. Nous sommes couramment salariés, parfois travailleurs individuels tiraillés entre la Circulaire DGT de 2012 (qui ne devrait pourtant pas nous concerner en tant que modèles vivant) et la nécessité de pouvoir travailler avec les artistes.
Acteur de l’art, le modèle, même s’il n’est pas forcément artiste, pourrait peut-être avoir une place dans une sous-rubrique de 90.03 «Création artistique» (Service d’artiste des arts plastiques?) et sous un autre code ROME, différencié des mannequins. La réflexion est lancée, notre métier doit être pensé et (ré)organisé en fonction de ses caractéristiques propres.
Certains d’entre nous trouvent l’univers du spectacle vivant plus à propos pour nous distinguer – il est vrai que nous nous «exposons» et évoluons sur une petite scène («sellette»); mais travaillant régulièrement pour les écoles et ateliers de la fonction publique, nous enchainons les contrats de vacations qui ne nous permettent pas d’être comptés parmi les intermittents du spectacle. Nous sommes néanmoins des travailleurs intermittents de la pose et pouvons toucher des indemnités chômage en ayant effectué un certain nombre d’heures. Mais les démarches sont multiples et complexes et récupérer toutes les attestations Pôle emploi et contrats de travail que certains de nos employeurs omettent de nous donner n’est pas une mince affaire!!

Considérer les spécificités de notre métier et définir les statuts de notre branche professionnelle sont aujourd’hui essentiels, afin d’être reconnus et protégés, de manière à ce que soient enfin pris en compte la pénibilité et les risques liés à notre activité (car, ne l’oublions pas, notre corps est tous les jours sollicité dans des situations et postures difficiles) et pour fixer des revenus minimas. Voilà l’essentiel. Il n’est pas la peine ici de rentrer dans tous les détails. Un travail de fond doit être entrepris avec des personnes compétentes en tous ces domaines (ergonomes, juristes, médecins, etc.). Tout est à construire. C’est passionnant, mais aussi très pénible de ne pas être entendus. L’instabilité de notre situation est réelle, et certains employeurs refusent encore de reconnaitre que notre corps de métier en est un.

Heureusement pour nous, les mauvaises conditions de travail n’accompagnent pas toujours notre quotidien, du fait également que nous ayons des employeurs multiples. Nous travaillons tout autant dans des ateliers bienveillants et soucieux de notre bien-être que dans des contextes à parfaire (manque d’hygiène, pas de tapis de sol ou de cabine de change, etc.). Avec ces derniers lieux nous choisissons toujours le dialogue.

Notre profession est pour certains un vrai choix de vie qui s’inscrit dans un espace-temps particulier, en dehors de l’agitation qui caractérise notre monde contemporain, et modèle est une réelle profession pour ceux qui l’ont choisie.
Nous menons actuellement un travail de fond pour  la reconnaissance de notre métier. Et de cela découlera tout le reste…

Pour compléter cet article, vous pouvez également lire:

> Une brève histoire du modèle professionnel en France

> Règles et Usages des ateliers de modèles vivants

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